Histoires de border est une tribune personnelle où je ne prétends rien si ce n'est partager avec des passionnés. D'aucun y trouvera de l'info...

 

 

Ben - L'étincelle

Le premier jour où j'arrive en stage chien de troupeau chez Elisa Montet, je pense m'octroyer une journée de vacances entre 2 traites des chèvres. C'est M. Kergomard qui officie, je ne le connais pas. La matinée est théorique, studieuse, mais ça me change du boulot quotidien de la ferme.

La pratique est pour l'après-midi. Chacun son chien en laisse, une prairie, un cercle, 15 brebis, Raoul lance son chien sur une gauche, Ben part, l'histoire démarre.

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Des années après je visualise encore précisément les trajectoires de ce chien génial. Llanfarian Ben avale la périphérie du terrain sur un rythme surréaliste, concentré sur les moutons, s'immobilise net à peine le stop sifflé, 2 mètres à droite, un pas à gauche.

Sa vie c'est le mouton, il y aura du border dans la mienne.

 

 

Joy – Le premier chien

Pour débuter, et comme la plupart d'entre nous, j'ai excellé sur un point en particulier : rater mon premier border.

C'est avec Joy que je participe à ce premier jour de stage. Un caractère compliqué, peu de talent, mais sûrement déjà trop relativement aux miens de l'époque.

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Comme beaucoup d'agriculteurs (et pas que), on pense que les chiens de cette race sont précoces, surdoués, qu'ils se dressent tout seul, facilement. Autant de lieux communs qui nous conduisent à rejeter la faute sur ce xième border qui végète dans la cour de la ferme. Tout ça parce que sur la 10aine qui se sont succédés, un rentrait les vaches tout seul à 17h pétante.

Joy, une chienne récupérée de la compagnie et replacée en compagnie.

 

 

Ipsi – Ma bouée

Quand on s'est habitué à manipuler les bêtes avec un chien, il est difficile de s'en passer.

Ipsi arrive à l'âge de 3 ans, un soir à 23h. Le lendemain à 9h je suis avec elle au 2ème jour de stage troupeau. Elle semble déjà dingue de moi. Elle l'est toujours.

Sans être géniale Ipsi est une chienne précieuse, elle fait le boulot, elle est dévouée.

On apprend de ce genre de chien la différence entre la puissance et le courage. Rien n'est impossible pour cette chienne pourvu qu'elle ait confiance en moi. « Tournée » par les chèvres à son arrivée, elle domine aujourd'hui le troupeau et peut même travailler sur vaches.

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Ipsi est le chien de ferme type. Elle a l'instinct pour travailler qui vous fera penser qu'elle est douée. Elle présente une ouverture naturelle magnifique qui vous fera croire qu'elle saura faire toute seule. Elle est tellement gentille et séduisante, impossible qu'elle ne vous écoute pas !

Tout cela étant posé, si vous ne faites aucun dressage, Ipsi partira quand elle aura envie, et uniquement à droite chercher une partie du troupeau. Au rythme qu'elle a choisi, et le nez dans le cul des brebis elle vous les ramènera sans prendre aucun ordre. Une fois les bêtes rentrées, vous ne pourrez que la féliciter car vous souhaiterez que demain elle ait envie de recommencer. Et puis au fond, vous n'avez rien mis en œuvre pour que ça se passe mieux !

Ipsi sera le premier chien que je dresserai.

 

 

Moai – Le cadeau

Galvanisé par l'arrivée d'Ipsi pour travailler à la ferme, me voici au 3ème jour de stage. Si je souhaite mettre du border dans ma vie, Raoul Kergomard va m'y plonger. Ce jour là, il arrive avec 4 chiots mâles de 2 mois. Il lui sont nés d'une de ses meilleures chiennes malheureusement pas encore confirmée lors de la saillie. De fait ils ne peuvent être inscrits au LOF. Donc il les donne !!!

A certains moment de notre vie, on ose laisser parler notre grain de folie.

Me voici en compagnie de Raoul devant ces 4 petits gars noirs et blancs.

- Moi : Lequel je dois choisir ?

- Raoul : Je ne sais pas.

Un coup de pelle par terre...

- Moi : Ok, celui du fond j'en veux pas.

- Je prends celui là, le plus noir.

- Raoul : c'est celui-là que j'aurais choisi.

Waou ! Même ce pro aurait fait le même choix que moi ?

Sur le coup je me suis persuadé qu'il avait dit cela pour me faire plaisir. Ensuite j'ai cherché les raisons, les indices pour lesquelles c'était celui là qu'il fallait choisir. Des années plus tard je sais qu'il aurait effectivement choisi ce chiot. Ou plutôt je sais qu'il aurait déposé son mental dans l'herbe, inspiré l'air lotois, puis tiré ce chiot parmi les 4.

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Le cadeau c'est ce chiot, ce chiot c'est Moai.

 

 

Les clun forests – Un début en fanfare

Quel est l'élément indispensable pour jouer au football nous demandaient les militaires au test des 3 jours : le terrain, les cages ou le ballon ? Le ballon bien-sûr ! Et bien pour dresser un chien il faut répondre les 3 mon capitaine : le bonhomme, le chien, et du bétail.

Mes chèvres peuvent faire l'affaire. Leur comportement peu grégaire est d'ailleurs un atout pour éprouver les capacités à rassembler du chien de berger. Mais le quotidien des miennes est de faire du lait pour les fromages. Laissons-les ruminer.

Mes brebis lacaunes laitières peuvent faire l'affaire. Elle sont grégaires, lourdes à déplacer, se retournent facilement. Elle conviendront à certains moment du dressage mais surtout pas pour démarrer la débutante Ipsi.

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Voici donc qu'interviennent une demi-douzaine de brebis clun forests prêtées par Elisa. Une race fuyante inconnue de mon village de Thédirac avant le soir où je les rapporte. A peine giclées de la bétaillère et la soirée s'organise : tu prends la voiture, tu vas par là, moi je prends à rebours, «dites j'ai vu 2 têtes noires descendre la route », «allo, c'est à vous la brebis dans mon jardin ?», etc.

Bref, une semaine mouvementée, un début remarqué.

Pour dresser mes chiens, il me faudra mes brebis et des bonnes clôtures.

 

 

Les castillonnaises – Une pièce de plus au puzzle

La brebis castillonnaise est une jolie race rustique à effectif limité des Pyrénées ariégeoises. J'en sauve une dizaine de la réforme. Elles sont la pièce manquante : le type de caractère ovin que je n'ai pas à la ferme. Leur seule contrainte en échange de la poursuite de leur vie est de participer activement au dressage des chiens. Elles sont fuyantes mais savent aussi marcher au pas, se retournent peu, et surtout... ne m'écrasent pas les pieds comme ces mammouths de lacaunes !

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Je ne dis pas que les voisins ne les verront pas passer anarchiquement sous leurs fenêtres de temps en temps. Mais le décor est maintenant planté, les moutons sont là, les chèvres sont taries, les céréales semées.

Je passerai l'hiver à dresser Ipsi.

(réponse : les 2 de droite)

 

 

Moai - L'aviateur

Moai a maintenant 3 mois et on le sait depuis son arrivée à 2 mois, il est déclaré aux brebis. C'est le premier chiot que j'élève et je veux faire les choses bien. Non non tu ne prendras pas l'habitude d'essayer de les choper à travers les barrières en traînant à la chèvrerie. Non non je ne souhaite pas te voir prendre un coup de tête qui risquerait de te dégoûter du travail. Je m'applique.

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Mais forcément un jour la porte est mal fermée, Moai sait que je rentre les brebis de pâture, le voici qui galope vers le troupeau. Surtout garder son calme, essayer de l'attraper, sans crier. Trop tard, on y est, ce qui ne devait pas arriver arrive : une lacaune se retourne.

C'est alors que la 40150 et moi-même découvrons Moai : il est couché, il ne recule pas, la brebis charge confiante, Moai la mord. Et son truc c'est les oreilles ! Voici donc la lacaune plus que surprise qui tourne les talons avec une petite boule noire qui tournoie pendue à son oreille.

Alors que tout cela aurait pu tourner au désastre, chacun a beaucoup appris.

Le rêve d'un chien puissant prend forme.

 

 

Ipsi - Inscrite !

Les mois passent et Ipsi travaille quotidiennement sur les chèvres et les brebis. Elle réalise pratiquement toutes les tâches dont beaucoup lui semblaient impossibles à son arrivée. Je me dis alors qu'il serait juste que je la présente à l'examen de confirmation. Pour le néophyte que je suis, je me plonge alors dans la lecture du site de l'Association Française du Border Collie. Le Livre des Origines Français (oui c'est "le livre" qui est français) du Border Collie est ouvert, ce qui permet d'inscrire des chiens à titre initial.

Je n'ai pas passé d'examen depuis longtemps, mais ayant dans ma jeunesse usé quelques pantalons sur les bancs d'institutions d'enseignement variées, je prends les choses au sérieux. Un tour par l'école véto de Toulouse pour qu'Ipsi nous dise qu'elle est indemne de tares occulaires (APR et AOC). Quelques entraînements spécifiques dans le style confirmation blanche. Et nous voici sur le terrain devant l'expert confirmateur.

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Ce jour là je découvre Ipsi. Je sais qu'elle est très sociable, froide au travail, aimant faire plaisir, mais je ne sais pas qu'elle ne connait pas la pression. Alors que je ne suis moi-même pas totalement confiant pour cette grande première, Ipsi transcende tous les exercices demandés.

Je me plais à croire qu'Ipsi savait l'importance pour moi d'avoir un chien au LOF.

 

 

Nam et Nel – les 2 gars

Ipsi est confirmée, Moai est démarré, et apprendre le border collie au troupeau commence vraiment à me passionner. Je me nourris de tout ; mes chiens, ceux des autres, les rencontres, les stages, les petites phrases, des bouquins, internet, des vidéos, des annonces, des dvds... Je salue ici la littérature anglo-saxonne pour sa variété et sa pertinence, yes indeed !

Mais le top pour apprendre c'est quand même d'en « bouffer ».

Le jour où je vois cette annonce de deux chiots à vendre dans cette ferme du limousin, ce n'est pas ma réflexion qui m'y envoie mais mon instinct.

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C'est ainsi qu'arrivent Nam et Nel. Deux magnifiques frangins de deux mois et demi, nés d'une mère qui travaille sur ovins, d'un père inscrit mais non confirmé travaillant sur vaches allaitantes. Bref deux gars sortis de nulle part, mais nous en reparlerons.

 

 

Le doute – mon meilleur ennemi

Quelques-un parmi vous connaissent le site de travail de Lauraguel. Au pieds des Pyrénées, balayé par les vents, c'est sur ce sable aride que vous êtes venus transpirer.

La première fois que j'arrive chez Raoul, Moai a dix mois. Je le mets au mouton, je patauge. Ce chien est très doué, mais une fois aux brebis je n'existe plus.

Face à la détermination de Moai, je marche sur une arrête montagneuse étroite. D'un côté je tombe et c'est la démission, de l'autre je décroche plus ou moins bas et j'en fais un chien vaguement utilisable.

 Et Raoul de conclure la journée par : « si tu veux je te l'achète 2000 € tout de suite. »

Alors céderai-je à la pression ? Au doute ?

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Une information me porte alors et me portera toujours : « c'est dans ces chiens là qu'on fait les meilleurs chiens de travail. »

Sur cette escalade vers le sommet je choisirai de m'accrocher, de devenir encore plus déterminé que lui, dans l'espoir d'en faire le très bon chien qu'il est.

à suivre...